La perception de la douleur à l’effort

By 20 août 2015Publications

Avants-propos

Bien que la photo ne représente pas à elle-même une discipline sportive, elle témoigne de ce que peut ressentir un individu se trouvant face à un dilemme intérieur, ce dernier étant : « dois-je lâcher ou persévérer? » Les sports d’endurance représentent à nos yeux les disciplines où le seuil de tolérance à l’effort doit être le plus élevé, et ce, afin de performer dans les limites de ses capacités physiologiques et psychologiques. Dans cet article, nous abordons la notion de tolérance à l’effort en posant la question : « Quelles relations existe-il entre les limites physiologiques et psychologiques lors d’un effort soutenu? »

Pour nous permettre de mieux répondre à cette question générale, nous exposerons les différences entre la motivation intrinsèque et extrinsèque. Ensuite, nous vulgariserons un article intitulé The limit to exercise tolerance in humans: mind over muscle? avec lequel nous comparerons les observations que nous avons pu faire avec nos propres sujets d’évaluation.

Motivations intrinsèque et extrinsèque

  • Motivation intrinsèque : « l’action est conduite uniquement par l’intérêt et le plaisir que l’individu trouve à l’action, sans attente de récompense externe. »
    • Exemple de facteurs de motivation intrinsèque en lien avec la pratique sportive :
      • Le plaisir lié au sentiment que procure la vitesse sur un vélo de route
      • Le plaisir associé au sentiment de liberté que procure la course à pieds
      • Le plaisir en lien avec le fait d’être « à bloc / dans le rouge / dans sa zone »
      • etc.

Exemple : Il fait -28 degrés Celsius et vous avez la possibilité de lire tranquillement votre journal en ce dimanche matin du mois de février, mais vous avez si hâte d’enfiler vos skis de fond que la température n’est pas un facteur d’influence sur votre processus décisionnel, et bien nous pouvons dire que vous avez une motivation intrinsèque assez élevée!

  • Motivation extrinsèque : « l’action est provoquée par une circonstance extérieure à l’individu (punition, récompense, pression sociale, obtention de l’approbation d’une personne tierce…) »
    • Exemple de facteurs de motivation extrinsèque en lien avec la pratique sportive :
      • Savoir que l’on doit être présent pour aider nos coéquipiers en fin de course cycliste et qu’ils comptent sur nous.
      • Avoir payé 500$+ pour participer à un événement de triathlon et voir cet élément comme la seule raison d’être de l’effort.
      • Commencer à s’entrainer 4 semaines avant un marathon en se disant que c’est maintenant le temps…
      • etc.

Exemple : Si une température pluvieuse vous enlève la motivation nécessaire à aller courir votre 7.5km matinal parce que ça vous prend absolument un 18 à 25 degrés celcius sans humidité, nous pouvons en conclure que vous êtes une personne réactive aux facteurs extrinsèques (environnement dans cet exemple).

Bien entendu, la motivation intrinsèque représente aux yeux des sportifs et des entraineurs les piliers de la pratique. En d’autres mots, s’adonner à une discipline sportive pour d’autres raisons que celles énumérées dans la catégorie « facteurs de motivation intrinsèque » ne vous mènera probablement pas plus loin que quelques semaines, voir quelques jours… Afin de performer de manière optimale, il nous faut donc une motivation intrinsèque (le désir intérieur de performer), jumelé à une motivation extrinsèque (Prix, pression positive des coéquipiers et autres facteurs externes). Bref, vous avez compris le message! Il reste néanmoins que cette balance de motivation (intrinsèque/extrinsèque) est à la base des processus menant à une progression chez l’individu.

Les limites de la tolérance à l’exercice

On vous demande de pousser 240w (80% de votre PAM) de façon constante, jusqu’à ce que votre cadence soit inférieure à 40 RPM. On vous promet un prix en argent si vous maintenez cette intensité plus longtemps que les autres sujets qui réalisent le même test. Jusqu’où irez-vous? Ce qu’on ne vous dit pas, c’est que juste après avoir réalisé votre effort de temps maximal, vous devrez générer un effort de 5 secondes avec comme objectif d’aller chercher la puissance la plus élevée possible pendant cette courte période. De manière objective, croyez-vous être en mesure d’aller chercher une puissance significativement plus élevée pendant votre 5 secondes comparativement à l’effort précédent (d’une durée variant entre 10.5 +/- 2.1 min)? C’est exactement ce que Burnley (2010) a tenté d’élucider. L’hypothèse étant qu’un sujet ayant réalisé un test maximal d’endurance à l’effort d’une durée de +/- 10 minutes (jusqu’à épuisement), ne sera pas en mesure de produire un pic de puissance sur 5 secondes post-effort.

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Comme vous pouvez le remarquer dans le graphique de gauche, l’ensemble des sujets (10) ont été en mesure de produire une intensité volontaire maximale beaucoup plus élevée que la puissance nécessaire à maintenir pendant le test d’endurance : « Crucially, MVCP (maximal voluntary cycling power) measured immediately after exhaustion (731+/-206 W) was three times the power output required by the time to exhaustion test (lower line in Fig. 3) [t(9) = 7.89, P < 0.001]. Individual results are shown in Fig. 4. In all ten participants, MVCP measured immediately after exhaustion was well above the power output required by the time to exhaustion test. »

  • Comment peut-on expliquer cette tendance?
    • On pourrait affirmer que le système neuromusculaire est apte à passer de 242 à 731w en 3-4 secondes après un test d’endurance maximale. Toutefois, des études ont démontré que même s’il s’agit de filières énergétiques différentes, le système neuromusculaire n’est pas en mesure de récupérer aussi rapidement (1-2s post effort) : « However, the occurrence of such large and fast neuromuscular recovery is unlikely given current evidence that MVCP after high-intensity aerobic exercise recovers with a half-time of »32 s (Sargeant and Dolan 1987).« 

Si la fatigue musculaire spécifique (en lien avec le vélo) n’est pas le facteur limitant dans la tolérance à l’effort et bien qu’en est-il? Tel que mentionné : « According to the psychobiological model of exercise tolerance (Marcora 2008; Marcora et al. 2008, 2009) based on motivational intensity theory (Brehm and Self 1989; Wright 2008), exhaustion is a form of task disengagement rather than task failure. In other words, our participants decided to “give up” (i.e., disengage from the task) either because the effort required by the time to exhaustion test exceeded the greatest effort they were willing to exert in order to succeed in the task (the so-called potential motivation), or because effort was so high that cycling for much longer seemed beyond their perceived ability (Wright 1998). »

Discussion

Lors des nombreux tests d’évaluation que nous avons réalisé dans notre laboratoire, c’est une tendance similaire que nous avons pu observer, soit le fait que la majorité des cyclistes ont été en mesure d’augmenter significativement l’intensité dans les dernières 45+/-15 s d’évaluation (150-200% d’augmentation sur une période correspondant à +/- 2.5-5% du temps total d’évaluation). Le cycliste a pour objectif de maintenir la puissance moyenne la plus élevée sur 20 minutes, en choisissant lui-même d’augmenter ou de diminuer cette dernière. La tendance à sous-évaluer ses capacités physique jusque dans la dernière portion d’un test est une tendance que nous avons pu noter à plus d’une occasion.

AAAAAA

Sans pouvoir établir de lien de cause à effet, nous pouvons assumer qu’il y a une corrélation entre la volonté d’un individu à performer et l’atteinte de ses capacité physiologiques et psychologiques maximales. À l’inverse, un individu ayant une faible motivation et/ou aucun but précis relié au fait de souffrir à l’effort aura tendance à lâcher ou réduire son intensité avant l’atteinte de ses capacités maximales.

Sources

Burnley, M. (2010). The limit to exercise tolerance in humans: validity compromised by failing to account for the power-velocity relationship. Eur J Appl Physiol, 109(6), 1225-1226. doi: 10.1007/s00421-010-1465-z

Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2000). Intrinsic and Extrinsic Motivations: Classic Definitions and New Directions. Contemp Educ Psychol, 25(1), 54-67. doi: 10.1006/ceps.1999.1020