Entraînement et malbouffe; quels en sont les effets?

By 30 août 2017Publications
MISE EN CONTEXTE
Nous le savons tous, la malbouffe a son lot d’inconvénients pour la santé de tout individu et ce mode de vie a augmenté dans les dernières décennies (Powell et al., 2012). Malgré que plusieurs documentaires ont mis lumière sur les effets néfastes de ce genre d’alimentation, elle semble toutefois rester inculquée dans notre culture.
Vous vous souvenez probablement de ce documentaire Super Size Me où cet homme, Morgan Spurlock, fit l’expérimentation de manger ses 3 repas par jour dans une grande chaîne de restauration rapide (dont on ne nommera pas le nom) et d’accepter toutes propositions de grand format lors de ces visites pour une durée de 30 jours. Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que l’homme n’avait pas encore complété les 4 semaines que les médecins et spécialistes qui le suivaient lui suggéraient très fortement de cesser ou modérer la diète. Certes, l’homme avait déjà constaté des changements physiques et vivait des épisodes de dépression, d’épuisement et sauts d’humeur. Après les 30 jours, il a pu constater avoir officiellement pris 24,5 lbs de poids en plus, augmenté de 7% son pourcentage de gras, augmenté son cholestérol, développé une stéatose hépatique (fatty liver) et bien d’autres complications. De toute évidence, notre alimentation a de forts impacts sur notre santé en général.
Qu’en est-il alors de cet homme, Joe D’Amico, que l’on nomme McRunner? Cet Illinois qui en 2011 se préparait pour courir le marathon de Los Angeles (L.A. Marathon) et s’était tenu à une diète exclusive de nourriture McDonald durant les derniers 30 jours de sa préparation avant le jour de la course (avec quelques exceptions, ex : multivitamines et gels énergétiques). Aux grands étonnements de tous, l’homme battit son record personnel avec un temps de 2:36:14. En entrevue suite à son exploit, il mentionnait s’être senti en pleine forme durant la durée de cette expérience, avoir même perdu un peu de gras, et son médecin qui le suivait également durant toute cette période n’avait pas noté de complication au niveau de sa santé.
Pourquoi alors cette différence flagrante entre ces deux histoires? Est-ce que l’activité physique intense et pratiquée de façon régulière par Joe D’Amico pour se préparer au marathon l’aurait épargné des inconvénients rencontrés par Morgan Spurlock, qui lui avait décidé de limiter ses activités à ses déplacements à la marche afin de représenter l’américain moyen?

 

LA QUESTION
Des chercheurs du département des sciences de l’activité physique et de nutrition de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en collaboration avec l’Institut de Recherche Clinique de Montréal (IRCM) se sont alors penché sur le sujet : Est-ce que le fait de pratiquer de l’activité physique de façon très intense pourrait nous protéger d’une diète malbouffe au niveau métabolique?

 

LE PROJET DE RECHERCHE
Pour réaliser l’étude, 15 hommes en santé se sont prêtés au jeu sur une base volontaire. Leur tâche: Manger une diète malbouffe exclusivement (trio-déjeuner, trio-dîner, trio-souper et collations au besoin) et, parallèlement, faire des entraînements en intervalles de hautes intensités (HIIT) à la course à pied sur tapis roulant chaque jour, le tout pour une durée de 14 jours consécutifs.
Plus précisément, le HIIT sur tapis roulant était structuré de sorte à débuter avec un 5 min d’échauffement à la marche, suivi par 15 x 60 sec d’intervalles sprint (~90% de la fréquence cardiaque maximale) alterné de 60 sec de récupération active à la marche, pour terminer avec 5 min de retour au calme à la marche.
Avant le début de l’expérimentation, chaque participant s’est vu prendre ses mesures anthropométriques, pression artérielle et une estimation de la consommation maximale en oxygène (VO2max) à l’effort. La batterie de tests aura été reprise à la fin des 14 jours pour voir s’il y eut changements sur certains paramètres étudiés.
Les participants devaient fournir leur bilan nutritionnel des repas pris chaque jour et leur dépense énergétique était mesurée à l’aide d’un brassard SenseWear Armband porté durant la totalité des 14 jours. Ainsi, il était possible de s’assurer qu’il n’y ait pas trop d’écart sur la balance énergétique (apport calorique vs. dépense calorique).
RÉSULTATS
Les résultats de l’étude sont fort intéressants. En ce qui a trait des paramètres métaboliques, les chercheurs ont noté une amélioration significative au niveau de la tolérance au glucose (ampleur de l’effet (AE) : 0.81), pour la Lp (a) (Lipoprotéine (a)) (AE : 0.63) et le hsCRP (protéine dont le taux a tendance à augmenter dans le sang lors de processus inflammatoire) (AE : 0.59) suite à l’intervention sur 14 jours (p ≤ 0.05).
De plus, les résultats démontrent qu’il y eut une amélioration significative au niveau du pourcentage de gras (AE : 0.70), de la masse graisseuse (AE : 0.54) et de la masse maigre (AE : 0.59), en plus du VO2max estimé (AE : 0.67) toujours après la tenue de l’étude pour chacun (p ≤ 0.05) (Duval et al., 2017).

 

CONCLUSION
En résumé, nous savions déjà que l’entraînement HIIT se veut plus efficace que l’entraînement traditionnel d’intensité modérée pour ce qui est de réduire plusieurs complications métaboliques chez l’individu (ex. pression artérielle, profil lipidique, résistance à l’insuline, etc.) (Jelleyman et al.., 2015; Kessler et al., 2012; Ramos et al., 2015). Suite à ce projet de recherche, il semblerait que ce type d’entraînement puisse également avoir un effet protecteur contre les effets néfastes d’une diète malbouffe (Duval et al., 2017).
Attention toutefois : Il faut garder en tête que l’échantillon participant à cette étude était formé de jeunes hommes (23.8 ± 2.8 ans) déjà en santé et que la durée de l’étude était relativement courte. Ceci dit, les participants ont dû travailler extrêmement fort physiquement, et ce sans aucune journée de récupération en 14 jours, afin de pouvoir éliminer les effets néfastes de la diète suivie. Dans la vie courante malheureusement, les grands consommateurs de restauration rapide sont rarement ceux qui font de l’activité physique aussi intense sur une base régulière. Les gens doivent comprendre que notre alimentation joue pour beaucoup sur notre santé et qu’il y a des coûts physiques et physiologiques lorsqu’on adopte une nutrition malsaine.
Est-ce que les 5 min que vous prendrez pour engloutir votre burger (c’est rarement un repas que l’on déguste en l’espace d’une heure) en valent vraiment la peine? À vous de choisir!

 

Pour les curieux, vous trouverez l’article sur l’étude dans son entièreté sur le lien suivant :
RÉFÉRENCES
Duval, C., Rouillier, M.-A., Rabasa-Lhoret, R. et Karelis, A. (2017). High Intensity Exercise: Can It Protect You from A Fast Food Diet? Nutrients, 9(9), 943.
Jelleyman, C., Yates, T., O’Donovan, G., Gray, L.J., King, J.A., Khunti, K. et Davies, M.J. (2015). The effects of high‐intensity interval training on glucose regulation and insulin resistance: a meta‐analysis. Obesity reviews, 16(11), 942-961.
Kessler, H.S., Sisson, S.B. et Short, K.R. (2012). The Potential for High-Intensity Interval Training to Reduce Cardiometabolic Disease Risk. [journal article]. Sports Medicine, 42(6), 489-509.
Powell, L.M., Nguyen, B.T. et Han, E. (2012). Energy Intake from Restaurants. American Journal of Preventive Medicine, 43(5), 498-504.
Ramos, J.S., Dalleck, L.C., Tjonna, A.E., Beetham, K.S. et Coombes, J.S. (2015). The Impact of High-Intensity Interval Training Versus Moderate-Intensity Continuous Training on Vascular Function: a Systematic Review and Meta-Analysis. [journal article]. Sports Medicine, 45(5), 679-692.
FANIE ST-JEAN MIRON
KINÉSIOLOGUE @KINACTIF
Expériences Académiques
  • Bac. Kinésiologie
  • M. Sc. (c) Kinanthropologie – Physiologie de la performance
Expériences Sportives
  • Équitation (classique et western)
  • Course à pied et à obstacles

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