Comment magasiner une analyse biomécanique

By 8 mars 2016Publications
AVANT PROPOS
La course à pied a connue un essor fulgurant depuis les dernières années et plusieurs individus ont vu une opportunité d’affaire qui je crois a laissé de côté la science et le sérieux de ce que représente une VRAI analyse biomécanique. Laissez moi donc le soin de vous éclaircir sur son utilité et sur sa complexité pour que vous puissiez faire un choix judicieux lors de votre prochain magasinage d’analyse biomécanique.
L’ÉTUDE DE LA BIOMÉCANIQUE
La biomécanique se définit comme l’interdiscipline qui décrit, analyse et évalue le mouvement des êtres vivants comme bien évidemment nous, les êtres humains. La course est un bel exemple d’activité étudiée, mais la variété de mouvements pouvant être analysée passe par la locomotion asymptomathique/symptomathique jusqu’à la levé de charge d’un travailleur en entrepôt ou encore d’un haltérophile. Dans tous les cas, les principes physiques et biologiques qui en découlent restent les mêmes. Ce qui change, c’est la tâche spécifique du mouvement et le niveau de détails demandé par la performance de chacun de ces derniers.
L’analyse biomécanique comprend la cinématique (l’étude des mouvements à travers le temps), la cinétique (l’étude des causes du mouvement),  l’électromyographie (l’étude des fonctions neuromusculaires) et bien évidement l’anatomie. Pour le bien de cette vulgarisation, je vais me concentrer sur la cinématique, compte tenu que c’est la branche de la biomécanique la plus populaire et la plus médiatisé.
QUI LA PRATIQUE?
Plusieurs professionnels et semi-professionnels qui ont un intérêt sur l’analyse du mouvement humain ont recours à l’analyse biomécanique en recherche, en consultation et en éducation . On retrouve parmi eux les chirurgiens orthopédiques, les coachs en entraînement, les thérapeutes en réhadaptation, les kinésiologues, les médecins, les orthésistes, les physiothérapeutes, les ingénieurs et les concepteurs d’équipement sportif et la liste s’allonge… Garder en tête, qu’à la base, le nom donné à la science qui étudie le mouvement humain est la kinésiologie.
Cette discipline qui mélange, en plus de la biomécanique, la psychologie, l’apprentissage moteur et la physiologie de l’exercice tire ses fondements de la physique, de la chimie, des mathématiques et bien évidemment de l’anatomie.
Saviez-vous que… les pionniers « biomécaniciens » datent de l’époque de Leonardo da Vinci et Galileo (15-16ième siècle) dont leur intérêt premier était l’application de la mécanique aux problèmes biologiques? Bref…
À QUOI ÇA SERT?
  • Comprendre votre profil coureur (ou peu importe la discipline que vous pratiquez) – Malgré plusieurs paramètres à respecter, vous avez votre propre style!
  • Développer votre proprioception – Si vous voulez vous améliorer, la clé de votre apprentissage réside dans votre 6ième sens, la proprioception.
  • Donner des pistes de réflexion sur l’amélioration de votre patron moteur – Défaire les mythes de la pseudo-science et éduquer sur les réalités scientifiques.
  • Prévention des blessures – jusqu’à 85%  des coureurs se blessent à travers une année. Vaut mieux prévenir que guérir!
  • Amélioration de la performance/santé – La performance et la santé ont un point en commun… l’amélioration des capacités physiques.
QU’EST-CE QUE ÇA COMPREND?
Analyse qualitative
L’analyse qualitative reflète l’interprétation des données. Elle passe avant tout par l’ anamnèse de l’expérience sportive passée et actuelle, des blessures et des habitudes de vie du sujet. Elle dépend en grande partie de l’expérience de l’intervenant et de ses connaissances face à la littérature. Ainsi, la personne qui  vous acceuille dans son laboratoire doit être en mesure de vous poser les bonnes questions pour soutirer le plus d’information possible. C’est ainsi qu’il pourra mieux vous conseiller et faire des liens avec les données amassée.
Par exemple, l’attaque au sol qui est le sujet de l’heure… Courez-vous assez vite pour utiliser une attaque de type devant de pied? Est-ce que vous maitrisez les autres attaques? Avez-vous pensez à votre phase de freinage? Est-ce que la position de votre corps est optimale pour attaquer de cette manière? Quel est votre discipline ou votre distance de prédilection? Quels-sont vos objectifs? Sachant que 80% des coureurs attaquent avec le talon, je ne crois pas qu’elle est nécessairement mauvaise.
Analyse quantitative
L’analyse quantitative représente les données amassées de votre analyse comme les déplacements, les amplitudes articulaires, la vitesse, l’accélération, etc. Ce qui différencie une analyse biomécanique maison d’une analyse biomécanique professionnel dépend de plusieurs points:
  • Environnement standardisé:
    • Conditions d’analyse ne change pas (Ex: Tapis roulant vs environnement extérieur). Bien évidemment, qu’il y a une différence entre la course sur tapis roulant et au sol. Par contre, elles ne sont pas majeures et assez différentes pour changer complètement votre patron mateur. Par exemple, si vous courrez les pieds en canard, ou que vous attaquez avec le talon,  ces paramètres ne changeront pas que vous soyez sur tapis ou au sol. Bien évidemment que l’idéal serait de pouvoir conduire une analyse sur piste avec une caméra qui vous suit. La réalité est que les ressources nécessaires pour y arriver sont assez imposantes.
    • Un arrière plan homogène et gradué permettant de bien distinguer les amplitudes articulaires et les déplacements. Ce petit détail permet non seulement à l’expérimentateur de cadrer votre analyse, mais aussi à vous, chers sujets, pour mieux comprendre et visualiser les petits détails.
    • Distance sujet caméra adéquate et surtout constante à chaque analyse pour éviter les erreurs causées par l’angle focal. C’est pourquoi il est intéressant de prendre plusieurs plans à plusieurs niveaux. De plus, si plusieurs mesures sont prises en note, il sera plus facile de comparer vos données lors d’une rencontre ultérieur. Il faut donc éviter les caméras tenues à la main et s’assurer d’avoir un trépied à niveau et facilement ajustable.
  • Une bonne caméra ayant un nombre d’image par seconde (Hz) assez élevé (au delà de 60Hz), un ajustement de l’éclairage, un filtre optique au besoin pour éliminer les reflets. Il y a certains moments à la course ou la vitesse des membres inférieurs est tellement rapide que certains points clés peuvent devenir flous.
  • Repères anatomiques visibles et position anatomique statique: Les principales articulations de votre corps doivent être bien visibles pour faciliter et améliorer la validité de la prise de mesure. La position anatomique pour sa part permet de calculer avec précision les angles en flexion/extension, adduction/abduction, etc qui évoluent à chaque foulée et sur des moments précis. Elle permet aussi de voir si vous avez des asymétries anatomiques présentes avant même l’évaluation dynamique.
  • Différents plans 2D (ou 3D si le budget vous le permet): Sagittal (De côté) – Frontal (De face/derrière) – Transversale (De haut). Il est difficile d’interpréter ce qui se passe du côté opposé de l’analyse… C’est pourquoi que l’utilisation de plusieurs plans permet de comparer par exemple le côté gauche du côté droit et le devant du derrière.
  • Un système d’analyse précis: Analyse en direct, possibilité de faire un rapport, enregistrement et classement des données, outils dessins ou de commentaires pour faciliter la compréhension des explications…
EST-CE LA SOLUTION À TOUS MES BOBOS?
Est-ce que l’analyse biomécanique réglera tous vos bobos? NON! C’est un outils de travail qui vous permettra de comprendre votre profil coureur par rapport à ce que l’on retrouve dans la littérature et sur les données qualitatives et quantitatives préalablement amassées. Il faut même faire attention avec ce que la littérature nous apporte, car il se peut que les résultats obtenus ne correspondent pas à votre « population » cible.
Si c’est pour les bobos, les blessures d’usures sont davantage le résultat d’erreurs d’entrainement (augmentation drastique du volume ou encore des intensités) que de la technique de course. C’est souvent à ce niveau qu’il faut d’abord éduquer le sportif avant d’intervenir sur sa biomécanique. De plus, votre posture au quotidien à davantage d’influence sur votre patron moteur de locomotion que les quelques heures d’entraînements par semaine que vous pratiquez. La planification à ce moment devient plus intéressante avant d’entamer l’analyse biomécanique.
Par la suite, à partir de l’analyse, il y a bien évidemment des exercices et des éducatifs qui devront être mis en pratique si vous voulez améliorer votre biomécanique. Cependant, un changement dans votre technique, aussi petit soit-il, peut prendre des semaines, voir des mois et des années avant d’être bien maîtrisé et assimilé. C’est pour cela que le développement de votre proprioception reste en soit l’objectif principal de l’analyse biomécanique et qu’une fois sortie de votre séance, vous aurez des devoirs à faire!
QUOI EN PENSER…
On croit trop souvent à tord qu’un simple cellulaire à la main ou encore qu’une tablette peuvent faire ressortir avec précision la réponse à tous nos problèmes de course. Soyez vigilant chers coureurs et surtout méticuleux chers professionnels de la santé lorsque vous vous lancez dans une analyse biomécanique. Si des erreurs d’analyse sont présentes malgré un bon ajustement dans l’angle focal d’une caméra à niveau, à la bonne distance du sujet et à la bonne hauteur du champ d’intérêt, et ce, dans un environnement standardisé à éclairage optimal… Imaginez comment la validité et la fidélité des mesures peuvent être affectées lorsque votre évaluateur ne s’attardent pas aux différents points mentionnés un peu plus haut.
Comme vous pouvez le constater, l’analyse est un complément à votre pratique et un outils quasi-indispensable pour développer votre proprioception et comprendre votre profil coureur (ou autre discipline). Il faut par contre garder en tête que l’apprentissage moteur est un processus long et ardu qui demande des heures et des heures de pratique. Vous devez donc mettre en application les conseils donnés par votre professionnel de la santé, et ce, un élément à la fois, pour comprendre et vivre les changements à apporter.
Vous comprendrez donc qu’une analyse biomécanique valide ne peut se faire en 1h si en plus elle comprend l’anamnèse, l’analyse, le retour sur l’analyse, la proposition d’exercices et tous autres compléments pouvant vous aider à vous améliorer.
Bon magasinage, bonne pratique et n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez des questions!
RÉFÉRENCES
Payton, C. J. et Bartlett, R. M. (2008). BIOMECHANICAL EVALUATION OF MOVEMENT IN SPORT AND EXERCISE The British Association of Sport and Exercise Sciences Guidelines. Abingdon, London: Routledge Taylor & Francis Group.
GABRIEL-A. GIRARD A.
FONDATEUR @KINACTIF
Expériences Académiques
  • Bac. Kinésiologie
  • M. Sc. Activité Physique – L’interaction entre les asymétries cinétiques et cinématiques d’un sprint de 40 verges sur ergomètre non-motorisé
Expériences Sportives
  • Sports extrêmes de toutes sortes
  • Soccer & Football élites
  • Course à pied sur route et en sentier
  • Triathlon